L'Hôtel du Bon Plaisir

Intro

Seuls les rares étrangers, qu’on dérisionnait sous le vocable d’«emmenés-par-le-vent», à s’aventurer dans cette partie du quartier des Terres-Sainville, parfois cognaient, en vain, sur la porte d’entrée en quête d’une chambre. Inévitablement, ces pauvres bougres étaient accueillis par les braillements d’une plantureuse négresse, qui bordillait la cinquantaine, Man Florine, celle-ci trouvant là l’occasion d’étaler sa défiance envers la gent masculine et de l’univers entier tout à la fois: «On veut quoi? Y a pas de chambres pour baiser! Ce sont des gens de bien qui habitent ici! Si vous cherchez une catin, allez donc à la Cour Fruit-à-Pain!»

Texte

Construit en 1922, propriété de trois sœurs békées, l’Hôtel de la Charité Saint François de Sales – premier nom de l’Hôtel du Bon Plaisir – accueillait d’abord les nécessiteux de Fort-de-France. Puis il devint une maison de tolérance. Désormais, l’Hôtel du Bon Plaisir est un immeuble locatif presque comme les autres, qui abrite des personnages pittoresques: un clarinettiste émérite, un entrepreneur, un avocat ruiné par les dettes de jeu, une famille d’Hindous échappée des plantations de canne à sucre, un Syrien énigmatique, sans oublier la truculente Man Florine… En narrant l’histoire mouvementée de la construction de cet hôtel, Raphaël Confiant raconte celle de ses habitants, véritable microcosme de la société créole.

 «L’Hôtel du Bon Plaisir»
Nouveau roman de Raphaël Confiant

Le 17 avril prochain, le nouveau roman de l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant sera en librairie. Son titre: «L’Hôtel du Bon Plaisir». Son éditeur: le Mercure de France. Ce texte raconte l’histoire d’une bâtisse du quartier des Terres-Sainvilles, à Fort-de-France, entre 1922 et 1955, bâtisse appartenant à trois vieilles filles békées et longtemps dénommé «Hôtel de la Charité Saint-François de Salles». Ces dernières, en rupture de couvent, décide de créer un havre pour les malheureux du quartier, manière pour elles de racheter les crimes commis par leur caste pendant les trois siècles d’esclavage.

C’est l’occasion pour Raphaël Confiant de nous brosser toute une galerie de portraits, ceux des locataires de cet immeuble de quatre étages surmonté d’une casemate où vivote un jeune nègre brillant, tombé fou à cause de «l’abus de livres» et qui pourtant récite de tête le «Cahier d’un retour au pays natal». Chaque étage comporte deux appartements où vivent des personnages emblématiques de la société martiniquaise: le premier est occupé par Man Florine, marchande pistaches grillées et par Me Florimont, avocat mulâtre déchu; le second par Romuald Beausivoir, «entrepreneur en travaux divers» et Jean-André Laverrière, clarinettiste au «Petit Balcon», qui fut l’un des grands musiciens du Bal nègre de la rue Blomet à Paris aux côtés de Stellio et de Léardée; le troisième par Victorin Helvéticus, «laïc» c’est-à-dire instituteur dans le style IIIe République, persuadé d’avoir une mission, celle d’élever «la race nègre» à l’égal de celle des Blancs et ainsi de suite. Au dernier étage, on trouve une famille indienne, les Andrassamy, enfuie de leur lointaine commune de Basse-Pointe, suite aux événements dits des «seize de Basse-Pointe». Sans compter le dénommé Syrien, syndic de l’Hôtel du Bon Plaisir, et dans la rue d’en face, le Chinois Hoang-Ho, boutiquier énigmatique qui rêvasse sur une édition jaunie des pensées de Confucius.

A travers 33 ans d’existence d’un bâtiment qui sera détruit par un incendie, Raphaël Confiant nous donne à voir de quelle façon nous sommes intimement liés aux murs qui nous abritent, à quel point aussi ceux-ci savent recueillir nos rêves, nos chagrins ou nos peines. Fresque de la Martinique du milieu du XXe siècle, ce livre est aussi une méditation mélancolique sur le rapport entre les hommes et les choses.

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