A propos du "Dictionnaire du créole martiniquais"

12/02/2026 - 07:39
Rubrique
Intro

      Dans une interview de février 2025 faisant suite à la publication de son lexique français-créole intitulé LEXIKREOL, publié aux éditions Orphie, Jude Duranty (dit "Jid") évoque le "Dictionnaire Créole Martiniquais/Français" de Raphaël Confiant paru d'abord en 2007 aux éditions Ibis Rouge, puis réédité en 2022 aux éditions Orphie.

Texte

       Jid y déclare que mon dictionnaire est l'oeuvre d'une dizaine de collaborateurs.

       Il s'agit d'une information totalement erronée que Jid a reconnue après la parution de son interview dans le site-web en question. Il a, en effet, confondu deux projets de dictionnaire n'ayant aucun rapport entre eux :  

 

       . le "Dictionnaire des créoles de la Caraïbe" dont la responsable était, dans les années 90 du siècle dernier, Bernadette Cervinka, maîtresse de conférences en Sciences du Langage à la Faculté des Lettres et Sciences humaines (Université des Antilles, Campus de Schelcher). Ce travail a concerné toutes les îles créolophones de la Caraïbe et de la Guyane avec des enquêteurs envoyés dans chaque territoire.

 

       . le "Dictionnaire créole martiniquais/français" de Raphaël Confiant, commencé au milieu des années 80, à une époque où celui-ci était professeur d'anglais en lycée et pas encore maitre de conférences en littératures créoles à l'Université des Antilles. Ce dictionnaire n'a concerné que la seule île de la Martinique et n'a pas été basé sur des enquêtes de terrain mais à partir d'oeuvres littéraires en créole dont nombre de citations illustrent la plupart des entrées (/mots). L'auteur a travaillé seul de bout en bout.

 

       PROBLEME (sans doute à l'origine de la confusion faite par Jid) : le "Dictionnaire du GEREC", coordonné pendant une bonne dizaine d'années par Bernadette Cervinka, cela sous la houlette du Pr Jean Bernabé, n'a jamais été terminé et donc n'a jamais été publié. Pourquoi ? A cause de conflits ayant éclaté au sein du GEREC (Groupe d'Etudes et de Recherches en Espace Créole) fondé par Jean Bernabé à l'ex-Université des Antilles et de la Guyane en 1975. La coordonnatrice de ce dictionnaire avait alors refusé de remettre les disquettes contenant les enquêtes lexicographiques effectuées pendant des années tant en Martinique, Guadeloupe et Guyane qu'en Dominique, Sainte-Lucie, Trinidad etc...

        Dans le même temps, Raphaël Confiant, à peu près à la même époque, continuait son travail de dictionnariste solitaire. Devenu par la suite maitre de conférences au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, lorsque son dictionnaire est sorti en 2007, des personnes ont pu confondre les deux projets et s'imaginer que le dictionnaire-CONFIANT été le dictionnaire-GEREC. 

         Ce qui n'était pas du tout le cas ! 

Commentaires

Merci !

EnNouaille

Vendredi 8 mai 2026 - 05:32

Merci pour cet article passionnant et nécessaire. La question du dictionnaire créole martiniquais dépasse largement la simple linguistique : elle touche à la mémoire collective, à la transmission et à la dignité culturelle.

Vous rappelez avec justesse que le créole n’est ni un “français déformé” ni une langue secondaire, mais un univers de pensée à part entière, avec sa logique, sa musicalité et sa profondeur historique. Le travail lexicographique devient alors un véritable acte de sauvegarde patrimoniale.

J’ai particulièrement apprécié votre insistance sur les nuances, les variations et les usages populaires, souvent absents des approches trop académiques. Une langue vit dans la bouche du peuple avant de vivre dans les livres, et c’est précisément ce qui fait la richesse du créole martiniquais.

À une époque où beaucoup de langues minorées disparaissent sous la pression de l’uniformisation culturelle, voir un tel travail mené avec autant de rigueur et de passion est profondément encourageant. Merci de contribuer à faire du créole non seulement une langue parlée, mais aussi une langue pleinement pensée, étudiée et transmise.

Des initiatives portées par certains éditeurs antillais participent également à cette valorisation des langues et des imaginaires caribéens, en remettant au centre les patrimoines littéraires et culturels de la région.

Connexion utilisateur

Dans la même rubrique

Visiteurs

  • Visites : 1341083
  • Visiteurs : 103239
  • Utilisateurs inscrits : 51
  • Articles publiés : 314
  • Votre IP : 216.73.217.84
  • Depuis : 09/05/2022 - 19:37